Urbi et orbi : les coulisses

 

Urbi et orbi est un ensemble de trois pièces pouvant être jouées séparément ou au cours du même spectacle. Les auteurs ont regroupé dans ce recueil des textes écrits entre 2008 et 2010. 

 

Le premier à avoir été écrit est celui qui donne son titre au recueil : "Urbi et orbi". Ce texte est une variation sur le principe du Premier d'Israël Horowitz. Chez l'auteur américain, des personnages font la queue derrière une ligne blanche. Qu'attendent-ils ? Godot ou autre chose ? On ne sait pas réellement. Dans "Urbi et orbi", deux personnages tentent d'ouvrir une porte. Là encore, une situation très simple et en même temps absurde.

 

"Urbi et orbi" était pour nous une sorte d'exercice d'écriture : comment pousser à bout une situation ?" résume Jérôme Cartier. "Un homme et une femme veulent pousser une porte qui reste fermée. Rien de plus simple. Cette situation, si simple soit-elle, peut-elle engendrer de la théâtralité ? Voilà ce que nous avons voulu explorer."

 

Les deux autres textes ont été écrits bien après, mais dans la même dynamique, coïncidant avec la réédition de l'intégrale de la série The Twilight zone. Cette série américaine, diffusée pour la première fois à la fin des années 50, propose généralement des courts métrages de 25 minutes jouant sur l'étrange, le fantastique et la science-fiction. 

 

"Cartier et moi étions très fans de la série. Quand les dvd sont sortis, nous avons regardé tous les épisodes, un par un." affirme Antoine Rivoire. "La série est produite par Rod Serling, qui écrit et réalise certains épisodes. On le voit souvent au début de la narration, présentant les personnages. Les scénarios sont signés par des pointures comme Ray Bradbury ou Richard Matheson. Les acteurs sont Charles Bronson, Robert Redford, etc. Attirés depuis toujours par l'étrange, nous avons essayé d'écrire des petits textes qui auraient pu intégrer la série. Et ça a donné 'De profundis clamavi' et 'Facsimile' ". 

 

En manière d'hommage, les auteurs ont d'ailleurs donné à l'un de leurs personnages le nom de Rod Serling. 

 

Ces pièces se déroulant dans une relative intemporalité située nonobstant à une époque où le monde du travail a commencé de dévorer certains de ses enfants, on peut se poser la question des titres en latin. 

 

Antoine Rivoire : "le latin, c'est la langue du sacré. Le sacré, c'est la présence diffuse de l'invisible, de l'au-delà. C'est cela dont nous avons voulu rendre compte dans ces pièces. Le monde du travail est un monde très concret : il faut rendre un dossier pour telle date, préparer une réunion pour telle heure, etc. Pour ce faire, on utilise des technologies : interphones, viso-conférences. Mais, parfois, au-delà de ces éléments visibles, se perçoit comme une présence diffuse, inquiétante et oppressante. C'est celle des chiffres, de la performance, qui mine les êtres de l'intérieur. Vu de l'extérieur, cela peut porter à rire, mais d'un rire grinçant. Voilà l'esprit de ces pièces. Ces titres en latin ont une signification. Mais les non latinistes ne les comprendont pas, de la même façon que ces pièces mettent aussi en scène ce qui peut résister à la compréhension."

 

"De profundis clamavi" est un extrait de la Bible, signifiant "Des profondeurs je crie vers Toi". La référence divine a été gommée : point de salut ici, juste un cri demeurant avant l'ultime disparition. 

 

"Facsimile"signifie "faire la même chose, reproduire" et convient donc bien à cette pièce où tout le monde, chirurgie esthétique oblige, finit par se ressembler.

 

"Urbi et orbi" signifie "par la ville et hors de la ville", autrement dit, partout. Comme pour dire qu'au-delà des situations très ancrées dans le monde du travail, ces pièces exposent finalement des principes barbares en tous lieux semblables.