Marianne à tout prix / Qui veut devenir maire ? : les coulisses

 

Forts du succès de Ginette présidente, le G.A.M. et Rivoire & Cartier décident de poursuivre leur collaboration. Les auteurs pensent un temps à donner une suite à Ginette présidente. Mais au début de l'été 2013, une réunion est organisée au cours de laquelle les comédiens expriment leur voeux : l'un voudrait jouer une scène d'ivrognerie, l'autre une clocharde, la troisième une cuisinière. À partir de ces données, les auteurs commencent à travailler avec deux idées supplémentaires : la première, faire une pièce autour des élections municipales, puisqu'elles auront lieu en 2014. La seconde : utiliser le schéma d'un jeu de télé-réalité. 

 

Jérôme Cartier : "Je me souviens d'un soir où j'ai allumé ma télé et j'ai suivi un jeu de télé-réalité très en vogue à ce moment-là. Je me suis tout de suite dit que c'était une structure dramaturgique à utiliser : des épreuves qui se succèdent, un candidat éliminé à chaque fois, la liste des gagnants potentiels se réduit progressivement, la tension monte inexorablement jusqu'à la fin... bref, j'ai immédiatement appelé Rivoire. Il était enthousiaste. J'ai commencé à prendre des notes sur les expressions toutes faites qu'on utilise dans ce genre de réjouissances : 'une belle aventure humaine', 'on ne vous demande qu'être vous-mêmes', 'c'est que du bonheur', etc. Et je les ai recasées dans le dialogue." 

 

D'autres inspirations viennent nourrir le texte. Le grand modèle est Tootsie de Sydney Pollack, dans lequel le personnage principal se travestit pour parvenir à ses fins et, finalement, par ce travestissement, se découvre autre que ce qu'il pensait être. Le passage où Didi demande à Noémie si elle sait faire le pot-au-feu se trouve déjà, sous une autre forme, dans La Gueule-de-l'autre de Pierre Tchernia, scénario de Jean Poiret. L'utilisation d'une médaille dans le dénouement rappelle les finals trompe-l'oeil des comédies de Molière. Le personnage invisible du "Général", peut, par certains côtés, faire penser à De Gaulle. D'ailleurs la pièce est truffée de citations politiques célèbres, le lecteur pourra s'amuser à les rechercher. Le patronyme de Noémie, "De la Petardière-Fenouillou" est calqué sur celui du héros du Goûter des généraux, farce de Boris Vian particulièrement appréciée des auteurs. Enfin, le texte ayant été construit à partir des desiderata des acteurs créant les rôles, les auteurs se sont amusés à trouver des prénoms de personnages voisins de ceux de leurs créateurs : Noémie pour Noëlle, Jean-Loup pour Jean-Luc, Stéphanette pour Stéphanie, etc.

 

Le texte de la pièce bouge beaucoup. R&C écrivent une première version extrêmement longue. Lors de la générale, le spectacle dure 3 heures. Les auteurs, avec la metteure en scène, Noëlle Champeau, font donc de nombreuses coupes. La place de l'entracte est avancée. De plus, la pièce change deux fois de titre. Son titre original est Qui veut devenir maire ?, qui est aussi le titre du jeu au centre de la pièce. Cependant, Noëlle Champeau craint de froisser quelques sensibilités, la pièce tombant juste avant les municipales. Elle demande aux auteurs un autre titre. Parodiant les frères Farrelly, ils imaginent Marianne à tout prix, Marianne étant un personnage pivot de la pièce. Lors de la publication, le texte recouvre son titre initial, mais, en plus de cela, la pièce subit encore plusieurs transformations pour sa publication : tout d'abord, la confrontation finale qui voyait s'affronter Noémie et Didi cède la place à un duel entre Noémie et Stéphanette, cette dernière étant finalement jugée par les auteurs comme une adversaire plus dangereuse pour Noémie. Ensuite, le côté noir de Stéphanette est retravaillé par une lettre anonyme que Noémie découvre à l'acte II. 

 

Les auteurs déclarent : "Qui veut devenir maire ? est l'exemple même d'un texte écrit pour la scène et retravaillé par l'épreuve des répétitions et des représentations."

 

L'intrigue repose sur le déguisement du personnage principal : Noémie se change en Nancy. Les auteurs ont choisi cette option car ils souhaitaient donner à Noëlle Champeau, directrice du G.A.M., un premier rôle de choix, alors que cette dernière s'était depuis plusieurs années mise en retrait pour privilégier son activité de mise en scène. Un rôle à déguisement permettait, selon les auteurs, de donner la possibilité à la comédienne de montrer différentes facettes de son jeu, d'autant que les deux personnages qu'elle interprête sont très différents : l'austère française introvertie contre la fantaisiste californienne extravertie. Néanmoins, les auteurs ont ménagé une attention particulière aux autres personnages, pour que chacun possède son univers. 

 

L'on peut avoir l'impression que la pièce est une satire de la télévision et/ou de la politique spectacle. Antoine Rivoire : "En fait, c'est une pièce qui parle du théâtre, ni plus ni moins. C'est une pièce qui parle de ce que c'est que jouer un rôle, et de ce que jouer un rôle peut entraîner sur notre personnalité."