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Meurtre au château

Les coulisses

Nous adorons Jean Tardieu. Il pratiqua tout au long de sa vie le format court et livra des œuvres concentrées et percutantes. Celles qui sont regroupées dans le recueil La Comédie de la comédie ont particulièrement nos faveurs. L’auteur y explore la gamme des procédés théâtraux comme Jean-Sébastien Bach explore la gamme musicale dans Le Clavier bien tempéré. Parmi ces expérimentations littéraires, l’une nous a toujours paru remarquablement ironique : Il y avait foule au manoir ou les monologues. Comme le sous-titre l’indique, Tardieu utilise le monologue pour restituer une affaire criminelle dans un manoir où il y avait foule. Or le décalage entre le thème et la forme dramaturgique est patent : tandis que les personnages évoquent la saturation humaine du lieu, ils sont toujours seuls en scène !

 

Nous n’avons rien fait d’autre que reprendre cette donnée en la développant. Cependant notre intrigue et nos personnages sont très différents de ceux de Tardieu et les monologues que nous proposons donnent aux acteurs et aux actrices des traversées d’une plus grande amplitude que celle du texte source.

 

Pour écrire Meurtre au château, nous n’avons pas procédé comme à l’ordinaire. Nous sommes très vite entrés dans le discours des personnages, avant toute autre considération. D'ailleurs chacun possède sa langue, ses expressions, son parler singulier. La pièce s’est écrite peu à peu, dans des trains ou des avions, au hasard de moments volés à deux autres projets complexes voire acrobatiques. Il s’agissait d’une sorte de divertissement visant à retrouver le sens littéral du verbe divertir : nous détourner de l’écriture de deux textes qui employaient beaucoup de notre énergie. Le fait que Meurtre au château ait été écrit sur plus d’une année et de façon erratique ne doit pourtant pas occulter que la pièce reprend la structure rigoureuse d’une enquête policière, telle que François Le Lionnais l’a mise au jour dans son travail Les structures du roman policier : Qui est le coupable ? (avant-projet de classification). L'action progresse en spirale jusqu'aux révélations finales. Les cartes sont abattues les unes après les autres, comme dans un jeu de Cluedo. 

 

Peu à peu, au cours de l’écriture, nous avons pris conscience que nous fabriquions une sorte de machine à faire du théâtre, que chaque compagnie pouvait utiliser à discrétion et s’approprier comme bon lui semblait : jouer tous les monologues ? Ou seulement quelques-uns ? Dans l’ordre du texte ? Selon un autre ordre ? À deux acteurs ? Ou quatre ? Ou huit ? Ou quatorze ?

 

De fait, les possibilités théâtrales de ce texte sont nombreuses et n’attendent que des praticiens pour être explorées.