2016. Le Petit Chaperon rouge

 

Première mondiale : Greenfield Park, École Secondaire de l'Agora, Production : les élèves de l'École Secondaire de l'Agora, 20 juin 2016. 

 

Pièce numéro 8

 

Publication : 

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Résumé court :  Le Petit Chaperon rouge va porter à sa grand-mère une galette et un petit pot de beurre. En chemin, elle rencontre le loup. Arrivera-t-elle à éviter le piège qu’il va lui tendre ?

 

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Extrait du texte

Personnages

La Voix qui raconte.

La Petite Fille.

La Mère.

La Grand-Mère.

Lupin.

La Jeune Fille.

Le Loup.

 

Ce texte est offert gracieusement à la lecture. Avant toute exploitation publique, professionnelle ou amateur, vous devez obtenir l’autorisation de la SACD : www.sacd.fr

 

Lieux

La Maison de la mère – La Gare – La Forêt – La Maison de la grand-mère

 

 

La Voix qui raconte. — Il était une fois une petite fille qui habitait seule avec sa mère. La femme lui avait fait faire un chaperon rouge qui lui allait si bien, que partout on l’appelait Le Petit Chaperon rouge.

Souvent, entre elles, recommençait la même conversation. Les phrases étaient toujours semblables, et revenaient, identiques, dans le même ordre, comme si c’était à chaque fois la première fois.  

La Petite fille. — Où est papa ?

La Mère. — Il est en voyage.

La Petite fille. — Il revient quand ?

La Mère. — Il a pris un aller simple.

La Voix qui raconte. — « Un aller simple. Qu’est-ce que ça veut dire ? » se disait dans sa tête la petite fille. C’était à chaque fois la même question silencieuse. Et puis, un jour, elle comprit. Sa mère et elle étaient parties rendre visite à la grand-mère de la petite fille, la mère de sa propre mère. Elles arrivèrent à la gare et allèrent au guichet.

La Mère, au guichet. — S’il vous plaît, je voudrais deux allers-retours.

La Voix qui raconte. — Juste après elles, un monsieur s’avança et dit à la guichetière : « Un aller simple. » La petite fille réagit aussitôt.

La Petite Fille. — Maman ! Le monsieur, il a fait comme papa ; il a pris un aller simple. Pourquoi nous, on prend pas un aller simple ?

La Mère. — Parce que nous, quand on sera allé voir grand-mère, on reviendra.

La Petite Fille. — Alors le monsieur, quand il aura fait son voyage, il ne reviendra pas ?

La Mère. — Non.

La Petite Fille. — Il sera parti pour toujours ?

La Mère. — Je ne sais pas. Mais peut-être aussi que chez lui, c’est là-bas. Peut-être qu’il n’est que de passage ici et qu’il rentre justement chez lui. 

La Petite Fille. — Alors papa, il n’était que de passage ?

La Mère. — Oui.

La Petite Fille. — Il est parti pour toujours ?

La Mère. — Je crois.

La Petite Fille. — Il est rentré chez lui ?

La Mère. — Peut-être.

La Voix qui raconte. — Cette discussion laissa la petite fille songeuse. Elle y repensa souvent.

À chaque fois que la mère et la petite fille rendaient visite à la grand-mère de cette dernière, elles lui apportaient une galette et un petit pot de beurre. La grand-mère n’y touchait guère, mais cela lui faisait très plaisir que sa fille et sa petite-fille pensent à elle et ne l’oublient pas, au fond de son lit, dans sa maison perdue dans la forêt.

La Petite Fille. — Tu ne te lèves pas ?

La Grand-Mère. — Je suis un peu fatiguée.

La Petite Fille. — Tu ne manges pas ?

La Grand-Mère. — Je n’ai pas très faim.

La Grand-mère caresse doucement La Petite Fille.

 La Voix qui raconte. — Quand elle fut en âge de lire, la petite fille demanda à sa mère des cartes de géographie. Elle les regardait méticuleusement, pendant de longs moments. Sa mère s’aperçut que la petite fille suivait de son index les lignes de train.

La Mère. — Qu’est-ce que tu fais ?

La Petite Fille. — J’essaie de trouver où habite papa.

La Voix qui raconte. — Peu à peu, la petite fille se mit à passer de plus en plus de temps avec ses cartes. Dès qu’elle rentrait, elle s’y précipitait. Alors, pour lui changer les idées, sa mère lui offrit un petit chat. La petite fille en fut ravie. Il fallut lui trouver un nom. On l’appela Lupin. La petite fille s’en occupait bien, veillait toujours à ce qu’il ait son lait, quelques morceaux de viande ou de poisson. La nuit, quand Lupin dormait, elle venait doucement poser sur lui une couverture. Elle était pour lui une vraie petite maman. Pourtant, souvent, le chat la griffait. 

La Petite Fille paraît, le visage écorché.

La Mère. — Encore Lupin ?

La Petite Fille. — Oui.

La Mère. — Tu as mal ?

La Petite Fille. — Oui.

La Mère. — Tu lui as tiré la queue ?

La Petite Fille. — Moi ? Non ! Ça le blesserait. Je l’ai caressé.

La Mère. — Il ne voulait pas ?

La Petite Fille. — Si. Il ronronnait et frottait son museau contre ma main. Plus je le caressais, plus il ronronnait et plus se frottait contre moi. De plus en plus fort, de plus en plus fort, et alors, il est devenu fou, il m’a mordu et il m’a griffé très fort.

La Mère caresse doucement La Petite Fille.

La Voix qui raconte. — La petite fille se mit à grandir. Elle changea. Elle délaissa son petit chat et elle était moins souvent là. Quand sa mère rentrait, elle trouvait la maison vide. Le dîner refroidissait souvent, dans l’attente de son retour.

La Jeune Fille. — Bonsoir maman.

La Mère. — Où étais-tu ?

La Jeune Fille. — Je me promenais.

La Mère. — Avec qui ?

La Jeune Fille. — Des amis.

La Mère. — Il est tard.

La Jeune Fille. — Je ne suis plus une petite fille.

La Voix qui raconte. — Elle avait raison : c’était maintenant une jeune fille. Mais elle changea. Encore. Elle redevint plus présente, fit de plus de plus de choses dans la maison, épaula sa mère, qui lui apprit à faire des galettes. Bientôt, elle fut en âge de se marier. Sa mère lui montra comment coudre, afin qu’elle pût faire elle-même sa robe de mariage.

Et puis, un jour, sa mère fut renvoyée de son travail.

La Jeune Fille. — Que s’est-il passé ?

La Mère. — Ils m’ont dit juste une chose : « Vous êtes trop vieille. »

La Voix qui raconte. — La mère tomba malade. Elle restait alitée toute la journée, sous la surveillance de la jeune fille. Un jour, sa mère lui dit :

La Mère. — Ma belle, voilà bien longtemps que nous ne sommes pas allé voir ta grand-mère. Moi, je suis trop faible pour t’accompagner. Pas question de prendre le train, chaque sou est compté. Voilà ce que tu vas faire : cuis une galette, prends un petit pot de beurre et porte le tout à grand-mère. Tu iras à pied, en traversant la forêt. Ce ne sera pas long. Pas trop.

La Voix qui raconte. — La jeune fille suivit les indications de sa mère. Elle cuisit une galette, prit un petit pot de beurre et se mit en route. Lupin, se demandant où allait sa maîtresse, la suivait à distance. Elle entra dans la forêt. Plus elle marchait, plus le chemin devenait étroit et les arbres massifs. À un moment, elle arriva à la croisée de deux chemins. Sa mère lui avait expliqué la route, mais elle ne se souvenait plus lequel de ces deux chemins prendre. Au loin, passèrent deux chasseurs. Comme elle était lasse, elle s’assit quelques instants pour reprendre son souffle. Et c’est là qu’elle le vit pour la première fois : le loup.

La Jeune Fille. — Alors, tu existes vraiment ? Tu manges les enfants et les moutons ?

Le Loup. — Tu as peur ?

La Jeune Fille. — Non. Tu as l’air gentil. Et toi, tu as peur ?

Le Loup. — Un peu.

La Jeune Fille. — Approche. Je sais y faire avec les bêtes.

Le Loup s’approche et La Jeune Fille le caresse doucement.

La Jeune Fille. — Je sais pourquoi tu es là. Tu fuyais les deux chasseurs.

Le Loup. — On ne peut rien te cacher. Qu’est-ce que c’est ?

La Jeune Fille. — Une galette et un petit pot de beurre. Je les porte à ma grand-mère qui habite une maison au milieu de la forêt.

Le Loup. — Ah oui. Je connais cette maison.

La Jeune Fille. — Tu sais y aller ?

Le Loup. — Oui. 

La Jeune Fille. — J’ai de la chance. Dis-moi comment faire.

Le Loup. — Tu vois ces deux chemins ? L’un se nomme le chemin des épingles, l’autre le chemin des aiguilles. Chacun mène à la maison de ta grand-mère. Faisons un jeu : allons-y tous les deux. Je prendrai le chemin des épingles, toi, le chemin des aiguilles. Nous verrons lequel de nous deux arrivera le premier.

La Voix qui raconte. — Le loup, lorsqu’il eût avancé un peu sur le chemin des épingles, se mit à courir de toute sa force. Il s’était réservé le chemin le plus court. La jeune fille, qui sans le savoir avait emprunté le chemin le plus long, fut bien vite séduite par la nature qui déployait autour d’elle ses plus beaux charmes.

De son côté, le loup ne mit pas longtemps à arriver devant la maison de la grand-mère.

Le Loup frappe à la porte de la maison de la Grand-Mère.

La Grand-Mère. — Qui est là ?

Le Loup. — C’est moi, grand-mère.

La Grand-Mère. — Qui ça, moi ?

Le Loup. — Ta petite-fille. Je t’apporte une galette et un petit pot de beurre.

La Grand-Mère. — Tire la bobinette et la chevillette cherra.

Le Loup entre dans la maison de la Grand-Mère.

Le Loup. — Où es-tu, grand-mère ?

La Grand-Mère. — Dans mon lit. (Voyant le loup :) Mais qu’est-ce que…

Le Loup se jette sur la Grand-Mère et la dévore.

Le Voix qui raconte. — Cela faisait trois jours que le loup n’avait pas mangé. Il ne resta de la vieille que quelques bouts de viande avec un peu de sang et de tissu. Soudain, le loup eut une idée qui le fit rire aux éclats. Il prit les restes de la grand-mère et les disposa sur un plat du mieux qu’il le put. Quant au sang, il le versa dans une carafe à vin. Le reste de tissu, il le mit au feu et alla se coucher dans le lit de la grand-mère.

Malgré ses nombreux arrêts en chemin, la jeune fille avait continué sa route et elle arriva à son tour devant la maison de sa grand-mère.

La Jeune Fille frappe à la porte de la maison de la Grand-Mère.

Le Loup. — Qui est là ?

La Jeune Fille. — C’est moi, grand-mère.

Le Loup. — Qui ça, moi ?

La Jeune fille. — Ta petite-fille. Je t’apporte une galette et un petit pot de beurre.

Le Loup. — Tire la bobinette et la chevillette cherra.

La Jeune fille entre dans la maison de la Grand-Mère.

La Jeune fille. — Où es-tu, grand-mère ?

Le Loup. — Dans mon lit. Pose la galette et le petit pot de beurre sur la table. Tu es venue à pied ?

La Jeune fille. — Oui.

Le Loup. — Tu dois avoir faim. Assieds-toi et mange un morceau de viande.

La Jeune Fille s’assied et mange.

Le Loup. — C’est bon ?

La Jeune Fille. — Un peu sec.

Le Loup. — Prends du vin.

La Jeune Fille se sert du sang dans un verre et le boit.

Le Loup. — Est-il agréable ?

La Jeune Fille. — Il est… il est bizarre…

La Voix qui raconte. — Lupin, bien que craignant le loup, l’avait suivi et avait réussi à entrer dans la maison en même temps que lui. Il s’approcha de la jeune fille.

La Jeune Fille. — Lupin ? Mon chat ? Que fais-tu là ?

Lupin. — Salope, qui mange la chair et boit le sang de sa grand-mère.

La Jeune Fille. — Que se passe-t-il ? J’ai froid…

Le Loup. — Viens te réchauffer dans le lit de ta grand-mère.

La Jeune Fille. — Où puis-je mettre mon tablier ?

Le Loup. — Jette-le au feu, mon enfant, tu n’en as plus besoin.

La Jeune Fille. — Et ma robe ?

Le Loup. — Jette-la au feu, mon enfant, tu n’en as plus besoin.

La Jeune Fille. — Et mon jupon ?

Le Loup. — Jette-le au feu, mon enfant, tu n’en as plus besoin.

La Jeune Fille. — Et mes chausses ?

Le Loup. — Jette-les au feu, mon enfant, tu n’en as plus besoin.

La Jeune Fille. — Et mon corset ?

Le Loup. — Jette-le au feu, mon enfant, tu n’en as plus besoin. Rejoins-moi.

La Jeune Fille entre dans le lit de la Grand-Mère.

La Jeune Fille. — Grand-Mère, ce que t’es poilue…

Le Loup. — C’est pour mieux me réchauffer, petite.

La Jeune Fille. — Grand-Mère, ce que t’as de grands ongles…

Le Loup. — C’est pour mieux me gratter, petite.

La Jeune Fille. — Grand-Mère, ce que t’as de grandes épaules…

Le Loup. — C’est pour mieux porter mon fagot de bois, petite.

La Jeune Fille. — Grand-Mère, ce que t’as de grandes oreilles…

Le Loup. — C’est pour mieux entendre, petite.

La Jeune Fille. — Grand-Mère, ce que t’as de grands trous de nez…

Le Loup. — C’est pour mieux fumer mon tabac, petite.

La Jeune Fille. — Grand-Mère, ce que t’as de grands yeux…

Le Loup. — C’est pour mieux te voir, petite.

La Jeune Fille. — Grand-Mère, ce que t’as de grands bras…

Le Loup. — C’est pour mieux t’embrasser, petite.

La Jeune Fille. — Grand-Mère, ce que t’as de grandes dents…

Le Loup. — C’est pour mieux te manger !

Le Loup se jette sur la Jeune Fille et la dévore.

***

L’acteur qui jouait Le Loup revient et ôte son costume.

Le Loup, aux spectateurs. — Madame, mademoiselle, mon damoiseau, monsieur, je suis un peu déçu. Navré, vraiment navré de revenir vous voir ainsi mais… je sais que ce n’est pas la coutume, en principe les acteurs jouent et puis ils s’en vont mais je dois dire une chose, je mets tout mon art à jouer le loup, personnage difficile, pour lequel je suis allé vivre pendant trois mois en Croatie, afin de cerner au mieux la psychologie du personnage, j’ai observé les rituels de chasse de ce canidé, afin de les reproduire sur scène le plus fidèlement possible et il me faut avouer une chose, ce soir, oui, vous m’avez déçu. Quand je me jette sur ma partenaire afin de la dévorer, j’attends du public des hurlements de peur, or, que m’avez-vous donné ce soir ? À peine quelques petits cris de surprise étouffés. Donc, n’est-ce pas, par conséquent, nous allons donc par conséquent n’est-ce pas tout recommencer. Pas tout le conte, non, rassurez-vous, mais le moment de la mort du petit chaperon rouge. Et je veux, vous m’entendez ? Je veux que vous hurliez votre peur ! C’est compris ? (À sa partenaire :) On la refait, plus sensuel. (Il remet son costume.)

La Jeune Fille. — Grand-Mère, ce que t’as de grandes dents…

Le Loup. — C’est pour mieux te manger !

Le Loup se jette sur la Jeune Fille et la dévore.

Le Loup, enlevant son costume, aux spectateurs. — Non mais vous avez pris des somnifères ? C’est comme ça que vous avez peur, vous ? Je veux vous entendre hurler ! C’est pas compliqué. (À sa partenaire :) On la refait, plus apeuré. (Il remet son costume.)

La Jeune Fille. — Grand-Mère, ce que t’as de grandes dents…

Le Loup. — C’est pour mieux te manger !

Le Loup se jette sur la Jeune Fille et la dévore.

Le Loup, enlevant son costume, aux spectateurs. — Ah ! Ça commence à venir.

 

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