Ginette présidente : les coulisses

 

Rivoire & Cartier commencent à écrire Ginette présidente en 2011. À l'été 2012, le G.A.M. n'a toujours pas admis à son répertoire de nouvelle pièce, alors que les répétitions du nouveau spectacle de la troupe doivent débuter début septembre. 

 

Pourtant très occupés par l'importation d'un nouveau shampooing bio comestible, Rivoire & Cartier proposent à la compagnie de lui faire une pièce sur-mesure. Pour eux, c'est l'occasion d'achever un projet de longue date : écrire une pièce complète. Ce sera un vaudeville, conformément à la tradition du G.A.M. Ils reprennent donc leur travail de 2011 en le menant à terme.

 

Pour leur première pièce, les auteurs se placent donc dans les pas d'un genre très codifié, et s'appuient en outre sur un de leurs dramaturges favoris, Georges Feydeau. 

 

"Ginette présidente n'est pas réellement une pièce originale. Ce n'est, ni plus, ni moins, que l'adapatation de La Dame de chez Maxim" déclare Jérôme Cartier dans la presse.

 

Il est vrai que les parentés entre les deux pièces sont nombreuses. Tout d'abord, la structure d'ensemble est la même : l'acte I présente les personnages ; l'acte II change de lieu et met face à face tous ceux qui ne devraient surtout pas se rencontrer ; l'acte III revient au lieu initial et débrouille les quiproquos accumulés au fil de l'action.

 

Mais les similitudes entre Feydeau et R&C ne s'arrêtent pas là : si chez l'un on voit une demi-mondaine passant pour la femme d'un honnête docteur et le mettant en difficulté lors d'un mariage familial, chez les deux autres on suit une femme de ménage prise pour la femme d'un directeur d'usine et venant turbuler la fusion-acquisition prévue par les hauts dirigeants de l'entreprise.

 

Les amateurs décèleront ainsi nombre de scènes de La Dame ayant été réécrites dans Ginette, jusqu'à certaines répliques qui sont citées in extenso. Ils pourront aussi réperer telle situation venue tout droit du Dindon ou de La Puce à l'oreille

 

"Pour cette première pièce, nous avons choisi un squelette du vieux Georges. Mais nous l'avons farci avec une préparation toute personnelle", résume Antoine Rivoire.  

 

En effet, R&C ont repris d'autres traits distinctifs du vaudeville feydaldien : emploi des accents (Le Chiffre est allemand), usage de technologies fantaisistes (le get-up), final de l'acte II en course-poursuite. Pourtant, les auteurs ont aussi tenu compte des possibilités de la troupe du G.A.M. : l'actrice ayant créé Ginette ayant un joli filet de voix, ils lui ont écrit une chanson ; l'actrice ayant créé Régine étant une épéiste reconnue, ils ont donné cet attribut au personnage. 

 

Mais pourquoi écrire un vaudeville aujourd'hui ? cela a-t-il encore un sens ? R&C répondent : "Assister à un vaudeville, c'est rire des catastrophes. Les personnages du vaudeville, eux, ne rient jamais. Ils nagent dans l'apocalypse. Le vaudeville sélectionne les catastrophes auxquelles nous sommes confrontés dans la vie, pas les grandes catastrophes, non, les petites catastrophes grotesques dont nous nous faisons une montagne, et nous fait rire de ces catastrophes. Le vaudeville est un exercice d'humilité."

 

Comment jouer la pièce ? Même si les auteurs ont confié la création au G.A.M., ils ont leurs idées sur la question. "Jouez cette pièce sur un rythme alerte, elle s'envole. Jouez-la lentement, elle tombe. (...) Cette pièce ressemble à La Valse de Ravel : un tourbillon qui accèlère jusqu'a la fin, jusqu'à se demander s'il ne va pas tout simplement exploser."

 

Cette pièce est-elle un simple divertissement ? "Oui, absolument. Cependant elle se place résolument dans le monde moderne. À ce titre, il n'est pas exagéré d'affirmer qu'elle propose également un véritable cours d'économie politique contemporaine. Plusieurs universités ne s'y sont pas trompées, en inscrivant Ginette à leur programme."