Adultère et conséquences​

Les coulisses

Adultère et conséquences est issu d’une commande, comme c’est le cas pour plusieurs de nos textes antérieurs. C’est aussi un vaudeville, comme le sont Ginette présidente et Le Partage du gâteau.Les points communs avec ces deux textes sont nombreux : ils appartiennent, en quelque sorte, à la même « famille de pièces », qui impulsent un mouvement fort tout en plaçant les personnages sur la corde raide. 

 

Quelles étaient les données de la commande ? Au mois d’août 2017, Maxence Geley, de la Compagnie Leitmotiv, passe une commande via notre site internet. Après étude de sa demande, nous décidons d’y répondre favorablement. Il s’agissait d’écrire un vaudeville de 90 minutes, pour 13 personnages, 4 hommes et 9 femmes. Le texte est livré en octobre.

 

De la même façon que nous nous étions inspirés de Georges Feydeau pour Ginette présidente, nous revenons vers le maître du vaudeville afin d’élaborer une charpente susceptible de porter le projet. Très vite, Tailleur pour dames apparaît comme une source intéressante : la distribution colle de près à celle que nous devons respecter. Le lecteur attentif saura retrouver plusieurs personnages de la pièce métamorphosés dans la nôtre : Moulineaux devient Marianeau, Yvonne prend le nom de Laurence, Bassinet a la traits de Bourrassol, Suzanne se transforme en Samantha et Rosa en Alicia. Cependant, nous n’avons pas suivi l’exact développement de cette pièce, puisque nous avons également intégré des éléments d’autres œuvres de Feydeau : la scène 12 est ainsi une démarcation de la scène 3 de l’acte II d’Occupe-toi d’Amélie. Enfin, le Sleep-Fast rappelle les vertus du « fauteuil extatique » de La Dame de chez Maxim.En fait, Adultère et conséquences est une véritable rhapsodie qui concentre les situations les plus traditionnelles du vaudeville de Feydeau, auquel cette pièce est un hommage. 

 

La structure de notre texte se base donc sur celle de Tailleur pour Dames : un médecin trompe sa femme et tente de lui cacher. Autour de cette ligne claire, nous avons fait quelques excursions pour développer l’intrigue dans tous les sens, de sorte que ce vaudeville tire en vérité vers la farce : le beau-père de Marianeau, par exemple, inexistant chez Feydeau, trompe lui aussi sa femme. Grâce à ce personnage, nous avons également rendu hommage à un autre auteur fameux : Jean Poiret. Dans Joyeuses Pâques, la jeune fille, sommée de raconter une fable de La Fontaine, invente au débotté une fable inconnue, « L’huître et la moule ». Hilarant moment de théâtre et exercice virtuose de pastiche littéraire, nous en avons repris le principe mais lui imprimant une forme originale en inventant à notre tour une fausse fable de La Fontaine : « Le Vieux Porc et le Petit Cochon ». Nous affectionnons cet exercice d’imitation : dans Qui veut devenir maire ? on trouve également une fable dont les protagonistes sont une moule et une baleine. 

 

Le thème principal d’Adultère et conséquences est le désir. C’est lui qui donne tout le mouvement de l’intrigue et qui se manifeste concrètement par les multiples effeuillages qui jalonnent le déroulement de la pièce. Effectués par les personnages féminins, ils marquent à quel point ce sont elles qui mènent la danse. L’originalité de notre proposition réside cependant dans le fait que ce vaudeville se prend lui-même pour objet. Grâce au personnage de Michel, nous avons en effet pu esquisser une théorie du vaudeville, à la fois littéraire, existentielle – n’ayant pas peur des mots ! – et lyrique. 

 

Ce désir fou, qui peu à peu irradie tous les personnages, donne le mouvement de la pièce mais il se heurte aussi à nombre d’obstacles. La pièce présente donc un balancement perpétuel entre action et arrêts dont les symboles concrets sont d’une part le Maxi Boost, énergisant avalé par Bourrassol, et d’autre part le Sleep Fast, qui fige ceux qui passent sous son rayon. Le vaudeville est en effet une mécanique qui montre parfois ses engrenages ! Car le mouvement vaudevillesque n’est pas toujours psychologique, c’est aussi et souvent un jeu de forces qui se percutent, une vraie physique de la comédie. Le Sleep Fast montre aussi combien le système vaudevillesque repose sur la manipulation : chacun tente de rapprocher l’autre au plus près de ses intérêts. Lorsque la distribution est importante, comme c’est le cas pour Adultère et conséquences, le vaudeville tire vers la farce car chacun poursuit son objectif et la conclusion ne peut être que l’implosion, chacun rentrant dans les autres et détruisant l’aire de jeu. Seul l’arrêt sur image final initié par Vanina permet d’éviter un tel dénouement. Nous avions d’ailleurs proposé que la pièce s’arrêtât brusquement après cet ultime figé, en accord avec les théories développées par Michel. Surpris par cette fin abrupte, Maxence nous demanda si nous pouvions ajouter un finale plus classique, qui se trouve maintenant intégré au texte définitif. 

 

Pour le reste, la pièce suit le principe vaudevillesque : faire vivre aux personnages un maximum de cauchemars sociaux, autrement dit les placer face à ce qu’ils ne voudraient surtout pas vivre. Les mensonges qu’ils inventent pour se tirer de leurs mauvais pas les poussent à toutes sortes de brouillages d’identités, dont la métaphore est la circulation des objets, des vêtements, qui passent de main en main, comme autant d’atomes crochus autorisant des alliances temporaires et des attaques furtives. Les apartés, les interruptions et les conversations multiples participent à cette fébrilité générale.

 

La création de la pièce fut un succès. Nous saluons amicalement Maxence Geley et sa troupe, généreuse et énergique, qui donna vie à notre texte avec beaucoup d’éclat.